Bullshit Jobs

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En 2013, l’anthropologue David Graeber publie un court essai dans la revue Strike avec un titre provocateur : On the Phenomenon of Bullshit Jobs. Le concept fait le tour du monde et déclenche une avalanche de témoignages de travailleurs qui s’y reconnaissent. En 2018, Graeber publie le livre complet : Bullshit Jobs : A Theory.

Sa thèse centrale est que plus de la moitié du travail sociétal est inutile et devient psychologiquement destructeur, parce que les travailleurs sont forcés de prétendre que leur rôle n’est pas aussi vide de sens qu’ils le savent pertinemment.

La définition

Un bullshit job, c’est un boulot si inutile, absurde, voire néfaste, que même le salarié ne peut en justifier l’existence, bien que son contrat avec l’employeur l’oblige à prétendre qu’il existe une utilité à son travail.

La distinction importante : ce ne sont pas les emplois difficiles, mal payés ou physiquement éprouvants qui sont des bullshit jobs. Ce sont les emplois qui n’ont aucun impact réel sur quoi que ce soit, et dont tout le monde, à commencer par celui qui les occupe, sait pertinemment qu’ils pourraient disparaître sans que personne ne le remarque.

Les cinq types

Graeber identifie cinq catégories, reprises en français dans Le Manuel Pyrate.

  1. Les faire-valoir sont là pour donner un sentiment d’importance à quelqu’un d’autre, pas pour la valeur de leur travail.
  2. Les sbires sont recrutés parce que les concurrents en emploient aussi, dans une logique d’armement mutuel qui ne produit rien.
  3. Les rafistoleurs règlent des problèmes évitables sans jamais en toucher les racines, entretenant indéfiniment ce qu’ils sont censés résoudre.
  4. Les cocheurs de cases permettent à une organisation de bien paraître en prétendant s’attaquer à un problème qu’elle n’a aucune intention réelle de régler.
  5. Les petits chefs supervisent des gens qui travaillent déjà très bien sans eux, microgèrent, contrôlent l’information pour se rendre indispensables et distribuent du travail inutile pour justifier leur existence.

Le coût réel

Ceux qui ont un bullshit job payent un prix moral et psychologique très élevé. Ils ne sont pas rares à tomber dans la dépression. La dissonance entre savoir que son travail ne sert à rien et devoir prétendre le contraire huit heures par jour érode quelque chose de fondamental chez une personne. Ce n’est pas une question de paresse. C’est une question de sens.

Selon Graeber, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont dû être créés qui sont par définition inutiles. La productivité n’est pas l’objectif. L’occupation l’est.

Pourquoi Go Pyrate! en parle

La lutte contre les bullshit jobs est au coeur de la raison d’être de Go Pyrate!. Pas parce que tous les emplois sont inutiles, mais parce que trop d’organisations accumulent du travail sans valeur, de la bureaucratie sans but et des couches de supervision sans raison, jusqu’à ce que les gens qui voulaient contribuer quelque chose n’aient plus l’espace pour le faire.

C’est le devoir d’un Pyrate que de refuser de cautionner ce gaspillage, que ce soit en nommant clairement le travail sans valeur, en refusant de perpétuer des processus inutiles, ou en se battant pour que son expertise soit utilisée là où elle peut vraiment faire une différence. Un équipage de pyrates n’embarque pas des membres pour les tenir occupés. Il embarque des gens qui peuvent faire avancer le navire.