La bureaucratie n’a pas toujours été un problème. À l’ère industrielle, elle était une solution : standardiser, contrôler, coordonner des milliers de travailleurs effectuant des tâches répétitives dans des environnements prévisibles. Max Weber l’a théorisée au début du 20e siècle comme un système rationnel supérieur à l’arbitraire et au favoritisme. Pour son époque, c’était vrai.
Le problème, c’est qu’on est encore là-dedans. Dans un monde qui exige de l’agilité, de la créativité et de la réactivité, nous gérons toujours nos organisations avec les outils conçus pour des chaînes de montage. Comme le formule Gary Hamel, cofondateur du Management Lab et auteur de Humanocracy : la bureaucratie a été inventée pour transformer des êtres humains en robots semi-programmables. Elle y réussit encore très bien.
Ce que ça coûte vraiment
Des recherches de Hamel et de son collègue Michele Zanini indiquent qu’un excès de bureaucratie coûterait plus de 3 000 milliards de dollars par an à l’économie américaine, et près de 9 000 milliards à l’échelle mondiale en perte de productivité. Ce ne sont pas des dommages collatéraux acceptables. C’est le coût structurel d’un modèle d’organisation périmé qu’on refuse de remettre en question.
La personne moyenne travaille dans une organisation comptant six couches hiérarchiques, voire huit dans les grandes organisations. Il est courant de passer plus de 25% de sa journée sur des tâches bureaucratiques que les gens eux-mêmes jugent sans valeur réelle.
Le Bureaucratic Mass Index (BMI)
Hamel et Zanini ont créé un outil pour mesurer le poids de la bureaucratie dans une organisation : le Bureaucratic Mass Index, ou BMI. L’idée est que la plupart de la bureaucratie qui étouffe les organisations est invisible. Le BMI permet de la rendre visible et mesurable.
Le BMI est un sondage de 26 questions envoyé à des milliers d’organisations. Le score moyen obtenu est de 65, sur une échelle où un score élevé indique une bureaucratie lourde. Le résultat le plus révélateur de l’étude : près des deux tiers des répondants disent que la bureaucratie empire dans leur organisation. La frustration la plus vive vient de ceux qui sont le plus près des clients et directement responsables des résultats. Autrement dit, ceux qui font le vrai travail.
Ce que la bureaucratie fait aux gens
La bureaucratie ne freine pas que la performance. Elle freine les personnes. Elle force des professionnels compétents à consacrer une fraction croissante de leur temps à des rapports que personne ne lit, des processus d’approbation qui n’ont aucune valeur ajoutée et des réunions de coordination dont l’unique utilité est de préparer d’autres réunions. À force de traiter les gens comme des rouages qu’il faut surveiller, elle les transforme progressivement en exactement ça.
Le Manuel Pyrate nomme cette réalité directement : la bureaucratie inutile est l’une des forces qui limitent l’impact des gens dans les organisations, réduisant leur travail à du remplissage et leur potentiel à du bruit de fond.
Pourquoi Go Pyrate! se bat contre
Go Pyrate! n’est pas contre la structure. On est contre la structure qui sert la structure, les processus conçus pour protéger le statu quo plutôt que de livrer de la valeur, les couches de gestion qui existent pour surveiller plutôt que pour soutenir.
La bureaucratie est l’antithèse de tout ce qu’on cherche à construire : des équipes qui décident, qui agissent, qui s’approprient leurs résultats. Un équipage paralysé par des formulaires à remplir et des approbations à obtenir ne navigue pas. Il dérive.
Sources
- Go Pyrate! Le Podcast #47 – Maurice contre le monstre bureaucratique
- Go Pyrate! Le Podcast #126 – Histoires d’horreur bureaucratiques
- Lefebvre, M. & Fortier, O. (2022). Le Manuel Pyrate. Éditions Laurentia
- Hamel, G. & Zanini, M., Bureaucratic Mass Index (BMI)
- Harvard Business Review, What We Learned About Bureaucracy from 7,000 HBR Readers
- Hamel, G. & Zanini, M. (2020). Humanocracy: Creating Organizations as Amazing as the People Inside Them. Harvard Business Review Press.